Thème Afriques
Dans le vaste processus de mondialisation des interdépendances et des économies qui caractérise les 30 dernières années, l'Afrique occupe une place à part. Elle semble le seul continent à subir les inconvénients de ce processus mondial - perte de maîtrise par les sociétés de leur devenir, transformation des situations de pauvreté en situations de misère, différenciation interne des sociétés, surconsommation de matières premières et dégradation des écosystèmes -, sans en tirer aucun des avantages. D'un côté, l'Afrique est totalement traversée par les dynamiques de globalisation économique, avec la déstabilisation des agricultures africaines par l'importation de produits agricoles ou la prise en main, voire parfois la mise en coupe réglée, par les acteurs économiques internationaux, des ressources naturelles. De l'autre, une Afrique à l'écart du grand mouvement de développement des échanges, quand on regarde sa place dans les flux de capitaux ou dans le commerce mondial.
Chacun y va de son explication à une situation aussi inacceptable dans le présent que dangereuse pour l'avenir. Ces explications vont de considérations historiques bien commodes, qui renvoient l'ensemble de la responsabilité de cet état de fait à des causes et des pouvoirs extérieurs " l'esclavage, la colonisation et plus récemment la Banque Mondiale ou les firmes multinationales -, jusqu'à des explications purement internes " la corruption, l'inaptitude des sociétés africaines au développement, la " malédiction des matières premières ".
Cet état de crise et de décrépitude de l'Afrique explique aussi qu'elle soit un véritable terrain de jeu pour les ONG de tout poil et la cible préférée de l'aide publique et privée, avec toutes les conditions qui l'accompagnent.
Au cours des années 1980 et du fait de son tropisme de l'époque en faveur des projets de développement, l'Afrique a constitué une priorité de la fondation. Mais c'est aussi à propos de l'Afrique qu'elle a rapidement mesuré les effets pervers des " projets " juxtaposés et qu'elle a renoncé à en financer. Autre facteur lié à l'histoire de la fondation, ses partenariats nombreux en Afrique étaient très largement concentrés sur les petits pays d'Afrique francophone qui sont loin de représenter la réalité dominante de l'Afrique.
Dans les années 1990, l'engagement de la fondation en Afrique s'est poursuivi mais s'est concentré sur la structuration et la fédération des organisations paysannes et l'appui à leur capacité d'élaboration de propositions ou de politiques agricoles alternatives. C'est aussi en Afrique, en Ethiopie et au Rwanda, que la fondation a été le plus engagée sur la paix.
Depuis les nouvelles orientations 2003-2010, la stratégie de la fondation en Afrique s'est réorientée d'abord sur le thème de la gouvernance ensuite en direction d'une démarche plus largement panafricaine. Les différents partenariats que nous avions tissés au fil des années, autour des réseaux d'organisations paysannes, de l'appui au développement des PME, des associations de pêcheurs par exemple, sont venus progressivement contribuer à cette réflexion générale sur la gouvernance.
De nombreux facteurs, d'ailleurs liés entre eux, maintiennent ou enfoncent l'Afrique dans le sous ou le mal développement. La fondation a retenu trois mutations à engager : la gouvernance ; la construction d'une société civile plus autonome ; le changement de logique des bailleurs de fonds étrangers. L'hypothèse qu'elle a privilégiée pour sa stratégie est que le drame de l'Afrique est d'être prisonnière d'institutions et de modèles de gouvernance profondément étrangers aux sociétés africaines, confrontée à des Etats Nations artificiels et cloisonnés, ballottée par de multiples influences externes gouvernées par des logiques institutionnelles étrangères à l'Afrique elle-même. Tout cela prive durablement les sociétés africaines d'être les auteurs collectifs d'un vrai projet pour l'Afrique, sans parler des effets pervers multiples de cette dépendance : rentes et corruptions ; société civile " officielle " gouvernée de l'extérieur et sans lien avec la réalité de l'organisation très vivace des sociétés africaines ; écartèlement entre des priorités et des logiques d'action qui ne sont pas les siennes.
Engagée aux côtés de l'Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique, la fondation a dû reconnaître que la question de la logique des bailleurs de fonds faisant, compte tenu de son impact, partie intégrante de la gouvernance africaine. C'était déjà les conclusions de l'évaluation de la coopération européenne qu'elle a menée pour le compte du Parlement européen en 1999 : sans réforme de la gouvernance de l'aide, il est à craindre que les efforts de réforme de la gouvernance en Afrique elle-même restent vains.
Consciente du déséquilibre de ses partenariats entre les différentes régions africaines, la fondation avait en 2004-2005 prévu quelques moyens financiers spécifiques pour développer son capital social en Afrique anglophone. En fait il s'est avéré difficile de mener ainsi une action de contacts qui ne serait pas reliée à des objectifs précis. C'est donc autour de la gouvernance et de la construction de la paix que cet effort va être poursuivi.
En définitive, la stratégie de la fondation en Afrique en 2006-2007 se fait selon trois axes :
- L'appui au développement de l'Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique et le soutien au saut, à la fois quantitatif et qualitatif, que constitue l'extension de cette Alliance à toutes les régions d'Afrique, en intégrant dans cette démarche la réforme de la gouvernance de l'aide.
- La poursuite du soutien à la construction d'une société civile panafricaine avec l'appui à l'université paysanne africaine (UPAFA).
- L'éventualité d'une assemblée nationale de citoyens qui permettrait, si l'opportunité se présentait, de renouveler, en Afrique et au-delà, le mode de préparation des programmes politiques par la mise en route d'un processus inspiré des méthodes de l'alliance et des panels de citoyens. Le processus permettrait de partir des aspirations de la société à la base et de les mettre progressivement en gerbe autour de propositions stratégiques.



