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Charles Léopold Mayer

 

Charles Léopold Mayer

Scientifique, investisseur, philosophe, philanthrope

 

Le fondateur, Charles Léopold Mayer (1881-1971), français d'origine irlandaise, était tout à la fois ingénieur chimiste, financier et humaniste. Toute sa vie il a fait fructifier sa fortune avec l'idée de la mettre au service de travaux à caractère scientifique et humanitaire. C'était un de ces hommes, très représentatifs de sa génération, qui croyaient au progrès de l'Homme, souvent associé à cette époque au développement scientifique et technique.


 

Question 1 - Qu'est-ce qu'une fondation ?

Une fondation est le résultat du don d'un patrimoine pour la mise en oeuvre d'un but d'intérêt collectif. Ce don peut être le fait d'un particulier, d'une famille, d'une institution ou d'une entreprise. Ce n'est pas le patrimoine lui-même qui est utilisé pour la mise en oeuvre de ce but d'intérêt collectif mais les revenus de ce patrimoine. En comparaison d'autres institutions les fondations disposent de deux avantages considérables : une totale indépendance (une fondation n'a pas à mener des campagnes d'appel à dons auprès du grand public, elle ne fait pas la chasse aux subventions, son action ne fluctue pas au gré de changements politiques) ; la possibilité d'agir sur la longue durée à condition que son patrimoine soit bien géré.
La fondation Charles Léopold Mayer, depuis sa création en 1982, a toujours eu le souci de tirer parti au mieux de ces deux avantages. C'est ce qui lui permet de se fixer des orientations ambitieuses et d'accepter de ne pouvoir évaluer l'impact à court terme de son action.


 
Question 2 - Quels sont les avantages fiscaux d'une fondation ?

 

La plupart des pays encouragent la création de fondations en leur accordant des avantages fiscaux. Considérant que les fondations ont une action d'intérêt public, dont l'efficacité est reconnue du fait d'une souplesse inégalée de fonctionnement et de la possibilité d'agir dans la durée, ils exonèrent d'impôts les revenus du patrimoine. La surveillance exercée par les pouvoirs publics sur l'activité des fondations est la contrepartie de ces avantages fiscaux. La surveillance porte sur la gestion du patrimoine et sur la conformité des activités aux statuts de la fondation. Le caractère d'intérêt public de la FPH a été reconnu par l'Etat de Vaud dès sa création. Les revenus de son patrimoine sont donc exonérés d'impôts. Le bureau exécutif de la fondation à Paris, a le statut d'antenne de la fondation en France. Il est reconnu par les autorités fiscales françaises comme une organisation à but non lucratif et, à ce titre, est exonéré d'impôts, n'exerçant aucune activité commerciale.


 
Question 3 - Pourquoi une fondation de droit suisse a-t-elle son bureau exécutif à Paris ?

La fondation est placée sous surveillance de l'Etat de Vaud, en Suisse. Son siège social est à Lausanne. Mais dès 1982 la présidente, Madeleine Calame résidant à Paris et une partie du conseil vivant en France, les réunions se sont tenues alternativement à Lausanne et à Paris. Quand il a fallu constituer une équipe permanente, d'abord très limitée, puis quand l'action de la fondation s'est développée et qu'il a fallu créer un véritable bureau exécutif, trois solutions s'offrirent : un bureau unique à Lausanne ; un partage entre les deux localisations ; un bureau à Paris. Dès cette époque, au contraire de la plupart des fondations qui ont une action locale ou nationale, notre fondation s'était donnée une vocation internationale. C'est pourquoi elle a fait le choix d'installer le bureau exécutif à Paris.


 

Question 4 - La FPH reçoit-elle de l'argent ?

L'action de la fondation est financée presque exclusivement par les revenus de son patrimoine. Très souvent les partenaires qu'elle soutient obtiennent d'autres financements provenant de cotisations ou de subventions d'origine publique ou privée. Dans quelques cas ce cofinancement passe par la fondation qui reçoit donc des subventions d'origine publique telle que Union européenne, gouvernement suisse, gouvernement français, autres fondations ; mais les cofinancements ne dépassent jamais 10 % du budget total.


 

Question 5 - Comment est placé le capital financier ?

La gestion du patrimoine est régie par une charte de gestion qui poursuit trois objectifs : respecter une éthique ; limiter les risques d'érosion du capital ; assurer un rendement correct puisque c'est lui qui détermine les moyens consommés annuellement à l'action. L'art de la gestion est de concilier ces trois objectifs en apparence contradictoire : en choisissant des gestionnaires de patrimoine capables de penser à long terme et d'être attentifs à la dimension éthique ; en fixant des règles éthiques de gestion. Voir le rapport d'activité de la FPH.


 

Question 6 -  Comment préservez-vous l'indépendance de la FPH ?

L'indépendance de la fondation est garantie d'une part par son indépendance financière, ensuite par l'indépendance du conseil, enfin par la taille relativement modeste de son équipe permanente. L'existence d'un patrimoine propre et sa gestion à long terme permettent de disposer de revenus propres et de définir l'action à soutenir en toute liberté, sans dépendre de bailleurs de fonds publics ou privés capables d'influencer les orientations.

Le conseil de fondation (7 à 11 personnes selon les statuts) est constitué de bénévoles renouvelés par cooptation ; l'équipe est également de petite taille (moins de 20 personnes). Les membres du conseil et ceux de l'équipe partagent tous les mêmes convictions humanistes et le même souci d'indépendance de la fondation. La diversité des origines, des parcours professionnels, des convictions philosophiques, religieuses ou politiques de toutes ces personnes, évite que la fondation ne soit inféodée à une doctrine, un parti ou une église et que son action ne soit déterminée par la nature et les centres d'intérêt de l'équipe.


 

Question 7 - Pourquoi une fondation pour le Progrès de l'Homme ?

Le fondateur, Charles Léopold Mayer, était très attaché à l'idée de progrès. Né au 19e siècle et partageant les idées de son époque, il voyait dans la science le moteur principal des progrès humains. A l'orée du 21e siècle la définition du progrès et les liens entre progrès humains et progrès scientifique demandent à être profondément repensés. Sans renoncer à la belle ambition d'une humanité en constante progression, ni à l'idée que les sociétés doivent avoir pour principale finalité, au-delà de leur survie, l'épanouissement de leurs membres ; le progrès humain ne saurait se réduire à de l'accumulation de biens. Il est spirituel, éthique, intellectuel, artistique autant que matériel et donc irréductible à la notion de développement.

Et si nous parlons de l'Homme, avec une majuscule, pour désigner à la fois l'humanité toute entière et chaque être humain en particulier, c'est évidemment en englobant à part égale les deux sexes, conformément à la langue et à la tradition philosophique françaises, sans céder aux contorsions de langage qu'impose actuellement le politiquement correct.


 

Question 8 - Comment faites-vous pour toucher autant de domaines sans les survoler ?

Nous ne prétendons pas être des spécialistes d'un domaine technique particulier. Nous sommes plutôt une organisation habituée à organiser et stimuler des réseaux de travail, d'où notre insistance sur les Outils et méthodes de l'intelligence collective (OMIC). La connaissance technique spécialisée n'est pas chez nous mais chez nos partenaires. Et nous pensons que les crises des sociétés actuelles sont des crises de relations : entre les êtres humains, entre les sociétés, entre l'humanité et la biosphère. Dès lors nous concevons notre rôle comme celui d'une mise en relations : entre continents, entre milieux, entre domaines d'activité, entre disciplines scientifiques cloisonnées. C'est un travail de mise en relation qui nous a permis de mettre en évidence les priorités communes du 21e siècle, la gouvernance, les modes de développement et l'éthique qui constituent maintenant nos propres priorités.


 

Question 9 - Quels efforts la fondation fait-elle pour être connue ?

Ne faisant pas appel à des dons de grand public et ne travaillant pas sur des sujets capables de faire vibrer la corde sensible de l'opinion - la faim, les enfants, les catastrophes, la médecine, etc...- la fondation n'a jamais eu besoin et n'a jamais cherché à se faire connaître du grand public. Les rencontres qu'elle organise et finance, y compris la plus importante d'entre elles, l'Assemblée mondiale de citoyens qui s'est tenue à Lille en décembre 2001, ne sont pas très médiatiques : pas de vedettariat, pas de manifestation de masse. N'étant ni dans l'émotion, ni dans l'événement, ni dans le scoop, ni dans le spectaculaire, la fondation répond mal à la logique médiatique. Par contre elle est connue dans le monde entier et dans des milieux très divers. Elle trouve normal et légitime que ce soit les partenaires qu'elle appuie qui se mettent en avant de la scène. Elle accorde plus d'importance à la diffusion des idées auxquelles elle croit qu'au fait que ces idées puissent être associées à son nom. C'est pourquoi elle a créé une maison d'éditions, les éditions Charles Léopold Mayer (ECLM).


 

Question 10 - Peut-on devenir membre de la FPH et participer à ses activités ?

Une fondation n'est pas une association ; elle n'a pas de membres payant une cotisation. Ceux qui sont intéressés aux valeurs qui guident son action ou aux idées et propositions qu'elle défend peuvent être associés à elle de multiples manières : en connaissant et en diffusant à leur tour ces idées et propositions ; en participant à des réflexions collectives ; en s'associant aux initiatives de ses partenaires, par exemple à une alliance citoyenne ; en s'impliquant dans l'Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire.


 

Question 11 - Quel est l'impact des actions et propositions de la FPH et comment est-il évalué ?

Dès ses débuts la fondation a fait un choix éthique et philosophique difficile. Considérant l'ampleur des défis du monde contemporain, elle a jugé que son devoir était de se mettre au service de ces défis immenses et non de se donner un petit objectif à sa mesure pour lequel elle serait assurée d'évaluer directement son impact. Dès lors, comment pourrait-elle prétendre que le monde entier bouge grâce à elle ! Cette impossibilité technique à mesurer l'impact propre de son action, l'a amenée au fil des années à développer sa propre méthodologie en philosophie de l'évaluation. Ce qu'il lui faut évaluer finalement c'est la pertinence de ses priorités, de ses méthodes, de ses modes d'intervention, de ses partenariats. Et cette évaluation se fait notamment en ménageant des moments de pause, les périodes sabbatiques, où la fondation se donne, et donne aux partenaires qui le souhaitent, les moyens de capitaliser l'expérience accumulée, d'une part pour la transmettre, d'autre part pour réorienter l'action. Mais il est vrai qu'au bout de 20 ans la fondation est plutôt fière de voir que dans de nombreux domaines elle a eu un rôle précurseur.


 

Question 12 - Comment concilier la fonction de bailleur de fonds avec des actions de coopération ?

Tout bailleur de fonds impose un cadre qu'il prétend logique aux actions qu'il soutient, et pèse, par ses critères de choix, sur ses partenaires. Le nier serait hypocrite. Toute la question est de savoir dans quel sens cela pèse. Notre critique des financements classiques de projets vient de ce que nous pensons que l'action par projets ponctuels ne répond pas aux besoins actuels de la société. Si cette forme d'action est dominante chez les bailleurs de fonds, c'est selon nous avant tout parce que le type d'organisation interne qu'ils mettent en place ne leur permet pas d'agir autrement.

Ceci dit, la FPH est une fondation européenne dirigée par un occidental et qui porte donc ses valeurs et ses cultures dans ses projets. Le projet de la fondation n'est pas un projet du monde mais le projet d'une modeste petite fondation suisse vis-à-vis du monde. La fondation n'a d'intérêt que si elle est capable de stratégies ; elle se bercerait d'illusions si elle se prenait elle-même pour le monde entier.


 

Question 13 - La fondation refuse-t-elle de prendre en compte la dimension politique des problèmes ? Quels sont ses liens avec les partis politiques ?

Ce n'est en rien un parti pris ou un ostracisme. Construire des liens avec les responsables politiques, avec les élus et si possible avec les partis a toujours été un des objectifs de la fondation. Mais il en va des partis politiques comme des syndicats et dans une certaine mesure comme des églises : les hypothèses sur lesquelles se fonde leur action, leurs préoccupations centrales et leur mode d'organisation se trouvent souvent décalés par rapport aux défis du monde actuel. Le jour où nous serons capables de construire des partenariats pour bâtir une Alliance citoyenne internationale de militants politiques soucieux ensemble de préparer les mutations nécessaires de ce siècle, la FPH en fera sa priorité, tout autant que l'appui à la construction des alliances d'entreprises, de fonctionnaires, de collectivités locales, de scientifiques, etc.


 

Question 14 - Comment la fondation prend-elle en compte le point de vue de ses partenaires ?

Le projet de la fondation repose sur l'accueil des projets des autres. Mais il s'agit d'une petite institution (notre taille ne doit pas être perdue de vue) et donc il faut savoir de quels projets et de quels autres il s'agit ! Nous ne voulons pas agir en faisant semblant de ne pas avoir de projet propre, en définissant des critères de recevabilité des projets des autres qui les obligent à exprimer leur demande selon les termes de l'offre. Il est également inévitable, en sens inverse, que les organisations en recherche d'un soutien financier travestissent leur propre projet en fonction du bailleur de fonds qu'il s'agit de convaincre. Cela vaut aussi pour la fondation, bien entendu. La FPH veut faire quelque chose d'utile de son double privilège d'indépendance et de long terme. Nous voulons être clairs sur le fait que notre projet n'est pas négociable avec chaque nouveau partenaire ; c'est notre manière de nous assumer nous-mêmes dans notre propre culture.


 

Question 15 - Pourquoi la fondation accorde-elle autant d'importance aux méthodes ?

Nous ne croyons pas à l'illusion qui consiste à dire qu'on peut s'attaquer à des défis complexes sans méthode. Par exemple, une des raisons du discrédit du politique tient, à notre avis, à l'absence d'investissement du politique sur les méthodes.

Les concepts que nous utilisons renvoient à des réalités simples, compréhensibles par tous. Ils ne paraissent complexes que parce qu'ils s'intéressent à des phénomènes qui, de notre point de vue, suscitent en général une attention insuffisante. C'est la raison pour laquelle nous les valorisons.


 

Question 16 - Quelle est la place d'internet dans l'action et les méthodes de la fondation ?

Internet existe et fonctionne souvent mieux que la poste, en particulier dans certains pays du sud. Il serait, par conséquent, absurde de ne pas contribuer d'une part à essayer de faire émerger une gouvernance mondiale d'Internet (qui prend en compte également les effets pervers, d'où notre implication dans le Sommet mondial sur la société de l'information), et de faire en sorte d'autre part que cet outil puisse contribuer à la construction d'une communauté mondiale.