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Thème Asie de l'Est et du Nord Est


L'Asie de l'Est et du Nord Est regroupent la Chine, géant démographique et puissance économique mondiale montante, le Japon, géant économique, la Corée du Sud, exemple vivant du décollage de l'Asie continentale dans les années 1960, et la Corée du Nord, fossile du communisme. C'est dire l'importance de cette région du monde pour les décennies à venir. Lieu d'un dynamisme phénoménal (la Chine est peut-être le seul exemple dans l'histoire, en tous cas à grande échelle, d'un développement économique de 10 % par an pendant 20 ans), lieu de tensions aussi, à Taiwan, mais aussi entre la Chine et le Japon qui n'ont jamais pu pacifier totalement leurs relations, et bien sûr entre les deux Corée.

A l'exception de la préparation de l'Assemblée Mondiale de Citoyens, l'investissement de la fondation a porté très largement sur la Chine. Notre engagement dans ce pays à partir de 1992, part du constat que le monde ne se fera pas sans la Chine et que, dès lors, il n'y a pas de dynamique internationale envisageable sans une participation active de ce pays. Depuis 1978, la Chine s'était ouverte au monde. La priorité première de la fondation, demeurée inchangée jusqu'en 2004, a été d'accompagner cette ouverture, d'aider différents secteurs de la société chinoise, des organisations paysannes aux collectivités locales, à participer à des réseaux et débats internationaux. Cette démarche a rencontré un réel écho, parce qu'après cinquante ans de fermeture, l'appétit d'ouverture à des idées et des démarches nouvelles était très fort.

Grâce à deux médiatrices franco-chinoises de talent, Mesdames Yu Shuo et Jin Siyan, la fondation a pu multiplier les initiatives et les partenariats. C'est ce qui donne à l'action de la fondation en Chine cet aspect très particulier d'une mosaïque d'actions chacune relativement modeste mais en grand nombre et souvent avec des formes originales (par exemple le forum internet mensuel de Peoplecom qui crée un dialogue régulier avec les internautes chinois). Leur impact est souvent impressionnant, il va de la publication régulière de réflexions sur la responsabilité dans la Revue des Femmes Chinoises au montage d'un forum public sur la gouvernance ou encore à l'influence sur la politique chinoise de la traduction chinoise du livre de Suren Erkman sur l'écologie industrielle.

A l'origine dispersées dans différents programmes de la fondation et sans lien organique entre elles, les différentes initiatives ont été mieux coordonnées, d'abord à l'occasion de la constitution d'une importante délégation chinoise à l'Assemblée Mondiale de Citoyens, ensuite grâce à la rencontre en février 2003 de la fondation avec l'ensemble de ses partenaires chinois.

Depuis 2004, les priorités de l'engagement de la fondation en Chine ont connu une évolution significative. Cela tient au fait que la Chine a considérablement changé au cours des dix dernières années. Si l'ouverture de la Chine sur l'extérieur demeure un enjeu important, il s'inscrit désormais dans une réalité beaucoup plus vaste d'intégration de la Chine dans le système mondial et de ce fait le rôle initial de la fondation n'a plus les mêmes raisons d'être. En revanche, le développement économique et technique accéléré fait naître des problèmes d'une autre nature. Tout d'abord, la Chine se révèle comme une puissance économique et politique réelle, détenant un potentiel très important pour l'avenir. Elle peut et pourra rivaliser avec les USA, l'Europe et d'autres grands pays. Elle commence à inquiéter. Elle partage l'obsession d'autres grandes puissances comme les Etats-Unis pour l'accès aux ressources naturelles, notamment énergétiques.

Du fait même de ce développement, la Chine se trouvera associée, dans toutes ses composantes étatiques, et non étatiques aux efforts menés au niveau international pour trouver des solutions durables et équitables pour gérer notre planète.

Or, le modèle de développement chinois produit une richesse économique considérable mais très inégalement répartie. On sait la montée des tensions sociales en Chine, la surexploitation en masse d'ouvriers venus des régions agricoles les plus pauvres vers les villes. Le modèle de développement économique chinois a des impacts très importants et dommageables sur l'environnement, avec une perte importante de biodiversité et une détérioration profonde des écosystèmes. Ce qui explique la profonde inquiétude des dirigeants chinois à l'égard des crises sociales, écologiques ou politiques qui menacent. D'où leur volonté, souvent contrecarrée par les grands barons qui dirigent les régions chinoises, de trouver un modèle de développement durable pour la Chine, ce qu'il est convenu d'appeler, là bas, la construction d'une société harmonieuse.

L'action de la fondation prend naturellement en compte ces évolutions. La première en mettant l'accent sur le dialogue entre régions du monde et la participation de la Chine à la gouvernance mondiale. La seconde en faisant de son mieux pour nourrir la réflexion des différents secteurs de la société chinoise sur les modèles de développement, depuis les systèmes agro-alimentaires ou la gestion de l'eau jusqu'à la question plus générale de la gouvernance.

Pour donner une vision d'ensemble de l'engagement de la fondation dans cette région du monde on peut distinguer trois catégories d'initiatives :

 

1/ Les initiatives regroupées dans l'autorisation de programme " Chine "

 

a) la gouvernance :

  • le développement d'un pôle " gouvernance " en Chine ;
  • le prolongement de la publication en chinois de la Démocratie en miettes et du premier forum public sur la gouvernance de Pékin (juin 2005) par la création d'un site web, la création d'annales de la gouvernance, un travail d'enquête sur la formation des futurs fonctionnaires chinois (en lien avec l'Institut pour un nouveau débat sur la gouvernance);
  • la préparation du second forum Chine-Europe après la valorisation des travaux du premier forum de 2005.


b) L'évolution du modèle de développement chinois :

  • un dialogue multiacteurs sur les systèmes alimentaires ;
  • la gestion des ressources halieutiques ;
  • la formation de responsables paysans et pêcheurs.


c) Le dialogue entre la société chinoise et le monde extérieur :

  • le forum de débats mensuel avec les internautes chinois ;
  • l'appui à la revue Dialogue et la publication d'articles traduits en chinois dans des revues chinoises ;
  • la poursuite d'une politique d'édition ;
  • l'aide à certains partenaires chinois pour participer à d'autres initiatives de la FPH ;
  • éventuellement une perspective de dialogue entre la Chine et l'Inde.


2/ Les Actions impliquant de manière significative des partenaires chinois et classées dans d'autres modes d'entrée :

  • le dialogue avec les universités et une réflexion sur la réforme du système universitaire et de l'enseignement supérieur ;
  • la gestion des villes ;
  • l'implication de la Chine dans une réflexion internationale sur la gestion de l'eau, notamment à l'échelle des grands bassins versants ;
  • la participation des interlocuteurs chinois à la réflexion sur la responsabilité sociale des entreprises ;
  • le développement du mouvement d'écologie territoriale en Chine ;
  • la large diffusion de la Charte des responsabilités humaines ;le développement d'une section significative en chinois dans le site web de la fondation.


3/ Un éventuel appui au dialogue entre la Chine et le Japon

    Une des raisons pour lesquelles la Chine s'intéresse à la construction européenne est l'intérêt que représente à ses yeux le processus de réconciliation entre l'Allemagne et la France au lendemain de la seconde guerre mondiale. Pour des raisons multiples il n'y a pas eu de processus équivalent entre la Chine et le Japon. Au contraire, la tension entre les deux pays, pour des raisons souvent liées à des questions de politique intérieure, a repris de plus belle au cours de l'année 2005. Lors du forum Chine-Europe, l'idée d'une rencontre Japon-Chine, Allemagne-France s'est précisée. Elle pourrait se tenir en 2006 si les conditions politiques sont réunies d'ici là.