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Approche Thématique

 

Les AP de l'entrée thématique (T) sont celles qui ne partent pas d'un lieu ou d'un milieu socio professionnel particulier mais tentent d'élaborer, mettre en débat, diffuser des propositions ou des orientations de portée générale.

Elles partent de la conviction que des mutations majeures doivent survenir dans notre manière de penser le monde, de gérer les sociétés, de produire, d'échanger, de consommer.

Dans le droit fil des conclusions de l'Assemblée mondiale de citoyens de Décembre 2001 et de l'Agenda pour le 21ème siècle qui en est issu, notre effort porte sur trois mutations prioritaires : la gouvernance ( cinq sous dominantes TG), l'éthique (une sous dominante TE) et la conception d'une société durable (deux sous dominantes TS).

Les changements à concevoir et à mettre en oeuvre sont de nature systémique : ils sont reliés entre eux. Ainsi la révolution de la gouvernance privilégie à la fois l'exercice de la responsabilité individuelle et collective, ce qui renvoie à l'éthique, et une aptitude nouvelle à penser les relations, ce qui constitue également le fil rouge de l'éducation et de l'économie à venir. Cette dernière, à son tour, appelle un comportement responsable de tous les acteurs de l'économie ce qui renvoie à l'éthique.

Les autorisations de programme classées dans les autres entrées - géographique, socioprofessionnelle, méthodologique - traitent toutes, d'une manière ou d'une autre, de gouvernance, d'éthique et de société durable. Il est de ce fait indispensable de mettre en place des dispositifs de travail - ce que nous appelons le " suivi transversal " - qui permettent de valoriser leurs apports multiples à ces trois sous-dominantes. Pour en souligner l'importance, nous avons tenu, pour certaines sous-dominantes, à distinguer et à chiffrer, dans une autorisation de programme particulière ce travail de suivi transversal.

Les mutations à venir supposent un changement profond des modes de pensée et des représentations du monde que nous avons hérités du passé. Dès lors un effort de renouvellement conceptuel est indispensable. Ce qui explique l'importance prise dans les actions thématiques par le soutien à des réseaux internationaux de réflexion doctrinale pour repenser la gouvernance, les territoires ou l'économie.

Mais cet effort doctrinal, s'il était exclusif et transformait la fondation en " think tank ", serait doublement insuffisant.

D'abord parce que les changements commencent souvent par des pratiques nouvelles. La théorie ne vient qu'après. Ce qui explique l'importance accordée, dans la plupart de sous dominantes thématiques, à la mise en réseau des pratiques innovantes, en espérant que de cette mise en réseau naîtront des visions nouvelles. Théorie et pratiques sont ici indissociables.

Ensuite parce qu'il ne suffit pas de savoir ce qu'il faudrait faire pour que le changement survienne automatiquement. Trop d'acteurs ont intérêt au statu quo. Les stratégies de changement appellent alors la mise en place de nouveaux agencements institutionnels, l'émergence de nouveaux acteurs ou de nouvelles relations entre acteurs, le lancement d'actions expérimentales, un effort de formation.

La création du site web ressource est souvent privilégié comme moyen de ralliement, pour rassembler, combiner, afficher les propositions et les expériences.

Dans bien des cas, celui de la gouvernance mondiale par exemple, les lieux de débat sont déjà nombreux, et il importe alors que la fondation et ses partenaires puissent y être présents avec leurs propositions. Dans d'autres cas, celui de l'intégration régionale par exemple, nous savons l'importance de l'enjeu mais ne disposons pas dans notre réseau partenarial de capacités de le prendre en charge. Nous envisageons alors des modalités nouvelles d'appel d'offre : la volonté de consacrer des moyens à un sujet précède l'identification de partenaires capables de s'en saisir.

Pour chaque sous-dominante, nous avons puisé dans cette palette diversifiée de modes d'action, au mieux de chaque sujet.

L'ampleur de la tâche ainsi énoncée est titanesque. Nous ne nous berçons pas d'illusions. Dans bien des cas, les avancées de ces deux années 2006-2007 seront modestes au regard des objectifs affichés. Mais si l'expérience nous a appris la modestie elle nous a montré aussi l'intérêt de cette approche " frontale " où le progrès dans un domaine vient se nourrir des avancées conceptuelles ou des prises de conscience dans d'autres. C'est ainsi, par exemple, que la diffusion de la Charte des responsabilités humaines dans un pays tire bénéfice de l'expérience acquise dans d'autres pays ou que le renouvellement de la pensée économique s'appuie sur les nouveaux concepts de la gouvernance. On ne sait jamais d'avance ou s'opèreront des percées et où les obstacles nous feront faire du sur place.

Choix d'une diversité de modes d'action selon les sujets et les circonstances, approche frontale, lucidité sur les difficultés, pragmatisme dans la saisie des opportunités caractérisent donc notre approche thématique.

Les actions thématiques concernant la gouvernance (TG)

Les actions classées sous la rubrique générale de la gouvernance représentent cinq sous dominantes qui constituent, à elles toutes, l'investissement thématique le plus lourd de la fondation.

La gouvernance, c'est-à-dire l'art des sociétés de se doter des régulations culturelles, sociales, juridiques et politiques permettant d'assurer leur survie et leur renouvellement, l'équilibre à l'intérieur et la préservation contre les dangers extérieurs, une relation harmonieuse avec l'environnement naturel, est une question éternelle à laquelle chaque société a répondu à sa manière. Mais cette question éternelle est radicalement renouvelée par les nouveaux défis de nos sociétés, tant par l'ampleur des interdépendances entre elles et avec la biosphère que par la complexité des problèmes à résoudre.

Pour apporter sa petite pierre à une aussi vaste question, la fondation mène des actions réparties en cinq sous-dominantes. La première, TG0, vise à alimenter le débat international sur les principes communs d'une gouvernance adaptée à la société du 21e siècle. Les quatre suivantes, notées TG1 à TG4, concernent chacune une échelle particulière de gouvernance soit, en allant du local au global : la gestion des territoires ; la réforme de l'Etat, l'intégration régionale ; la gouvernance mondiale.

En outre, la question de la gouvernance se retrouve au coeur des autres modes d'entrée des actions de la fondation, au point qu'on peut estimer grosso modo qu'au moins la moitié du budget de la fondation concerne des actions qui traitent, directement ou indirectement, de la gouvernance.

Dans l'entrée géographique (O), on a constaté que la crise de la gouvernance était au coeur des crises de chaque continent : crise de la gouvernance européenne et de l'Etat providence en Europe, nécessité de refonder la gouvernance en Afrique, défis de la réforme de l'Etat et de l'intégration régionale en Amérique Latine, nécessité impérieuse de construire une société harmonieuse en Chine pour ne citer que quelques exemples. En outre, l'implication dans les différents continents nous impose une fructueuse confrontation interculturelle : la pensée sur la gouvernance ne peut se réduire à des recettes universelles ou à des conditionnalités imposées aux pays les plus pauvres.

Dans l'entrée socioprofessionnelle (Q) deux questions cousines l'une de l'autre reviennent sans cesse : les règles du partenariat entre acteurs ; les fondements du contrat social entre un milieu, par exemple les universitaires, les chercheurs ou les militaires, et le reste de la société. Partenariat et contrat social sont précisément deux volets essentiels de la gouvernance.

Dans les autres entrées thématiques, l'éthique (TE) et la recherche d'une société durable (TS), les questions de gestion des ressources naturelles et de politique économique sont évidemment centrales. C'est pour cette raison qu'elles ont été en général intégrées dans l'entrée gouvernance.

L'entrée méthodologique elle-même (C) est inséparable des questions de gouvernance car la plupart des méthodes d'intelligence collective visent soit à développer de nouvelles aptitudes à gérer les relations entre les problèmes et entre les acteurs, soit à trier et structurer l'information, de manière à permettre aux simples citoyens de s'approprier des questions complexes, ce qui est la condition d'une authentique démocratie.

Cette omniprésence des questions de gouvernance explique l'attention apportée aux démarches de suivi transversal permettant de réunir les contributions venant d'autres horizons.

Chaque sous-dominante a ses spécificités. Néanmoins on peut observer en passant de l'une à l'autre un certain nombre de traits communs. En règle générale, l'une des autorisations de programme vise à développer une réflexion générale soit en mobilisant des contributions universitaires, soit en recueillant les apports des praticiens. Puis un certain nombre d'autres autorisations de programme se centrent sur des questions sectorielles, souvent classées selon les quatre pôles thématiques qui structurent notre réflexion : les représentations (production et diffusion des connaissances et des modèles de pensée) ; économie et société ; gouvernance ; relations entre humanité et biosphère. Puis viennent dans certains cas des approches ayant trait à des situations spécifiques : régions de montagne et régions littorales dans le cas des territoires ; transition après une guerre civile dans le cadre de l'Etat.