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Thème l'impossible réforme de l'Etat ?

 

L'action de la fondation dans le domaine de l'Etat est marquée par un paradoxe. C'est la question de la réforme de l'Etat qui, au milieu des années 80, a amené progressivement la fondation à aborder plus généralement le renouvellement de la pensée et de la pratique de la gouvernance. C'est d'ailleurs à partir des propositions de réforme de l'Etat, décrites en 1997 dans le livre " l'Etat au Coeur ", que la fondation a progressivement énoncé un ensemble de principes généraux pour la gouvernance. Et pourtant, les actions relatives à la réforme de l'Etat semblent le parent pauvre de l'action actuelle de la fondation. L'Etat d'aujourd'hui est à l'image de ce paradoxe : d'un côté, il est l'homme malade de la gouvernance, rongé par en dessous par la revendication croissante des territoires à une plus grande autonomie de gestion et par au dessus par le nécessaire dépassement des souverainetés nationales traditionnelles pour gérer des interdépendances devenues planétaires ; mais, de l'autre, les Etats restent aujourd'hui la principale incarnation de la gouvernance. C'est à leur échelle que s'organisent l'essentiel de la collecte des impôts et de la redistribution, le financement des principaux services publics, la gestion de l'économie et la défense. Présence familière de la vie quotidienne, l'Etat se prête à toutes les critiques ; on ne mesure bien son importance que lorsqu'il vient à manquer, comme dans le cas des guerres civiles.

Trop grand, trop lourd, souvent trop bureaucratique, l'Etat est-il impossible à réformer ? L'incapacité, sauf exception (les pays nordiques par exemple, en Europe), des démocraties à réformer en profondeur leurs Etats, parce que le temps nécessaire à une telle réforme est incompatible avec l'horizon limité des alternances politiques, est aujourd'hui une des sources majeures de discrédit de la démocratie telle qu'elle se pratique. Et l'on voit dans les situations d'alternance politique combien la pauvreté des propositions de réforme de l'Etat vient disqualifier jusqu'à l'idée même d'alternance. C'est dire l'importance de la question de l'Etat.

La prédominance presque exclusive des Etats sur la scène de la gouvernance internationale, le nombre d'institutions internationales - l'OCDE, la Banque Mondiale, l'Union Européenne, le PNUD pour ne citer que quelques unes - qui ont un avis sur l'Etat ou sont supposées en avoir un, crée pour la fondation un effet d'inhibition. Elle a du mal à définir sa propre valeur ajoutée.

En réalité, l'essentiel de l'action de la fondation dans le domaine de l'Etat est classé dans l'entrée géographique : refondation de l'Etat en Afrique ; forum gouvernance en Chine ; appui aux réflexions sur la réforme de l'Etat en Amérique Latine. On peut noter néanmoins, en complément de notre difficulté à aborder la question de l'Etat, l'absence dans notre approche socioprofessionnelle de deux " collèges " principalement liés à celui-ci : les politiques ; les fonctionnaires. La volonté de l'IRG de s'intéresser en priorité à la politique de formation des futurs fonctionnaires n'en prend que plus d'importance. Car, pour le reste, la fonction publique est si étroitement liée aux traditions propres à chaque Etat qu'il n'y a pas à proprement parler de réseau international de fonctionnaires.

Notre politique en 2006 et 2007 restera centrée, pour ce qui concerne l'Etat, sur les approches géographiques déjà citées. Mais, sur le modèle de ce qui est esquissé en Amérique Latine, nous envisageons la possibilité d'ateliers itinérants qui permettraient de désenclaver les réflexions trop souvent nationales sur la réforme de l'Etat.

Ensuite, nous nous dotons de moyens légers pour appliquer les nouveaux principes de gouvernance à des politiques sectorielles comme le logement, la lutte contre l'exclusion sociale ou le développement durable.

Enfin, nous soutiendrons la poursuite du travail de l'Ecole de la Paix sur les Etats en transition, les Etats en construction.