Thème l'intégration régionale
Une véritable gouvernance mondiale ne peut être fondée, comme c'est le cas actuellement, sur des négociations internationales organisées entre 200 pays très hétérogènes par leur taille, leur population et leur puissance. C'est la raison pour laquelle nous défendons l'idée que la construction d'une gouvernance mondiale efficace suppose la constitution d'une vingtaine de grandes régions du monde, chacune dépassant 100 millions de personnes. C'est d'ailleurs sur ces bases que nous avons organisé la représentation géographique du monde lors de l'Assemblée Mondiale de Citoyens de décembre 2001. La tentative de réforme de l'ONU en 2005 esquivait le problème préalable de la construction d'une échelle régionale de gouvernance en accordant un siège permanent au Conseil de Sécurité à quelques grands pays supposés améliorer la représentativité de l'ONU. Cette tentative a échoué : les grands pays comme l'Inde ou le Brésil ne peuvent prétendre représenter leur continent.
Les tentatives de regroupement régional sont nombreuses. Il s'agit néanmoins dans la plupart des cas d'accords commerciaux régionaux visant à réduire les barrières douanières. Elles sont vécues par les populations comme de simples accessoires de la globalisation de l'économie. Apparaît en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie un désir de construire d'autres régulations, écologiques ou sociales à l'échelle régionale. Il n'en reste pas moins qu'à l'heure actuelle seule l'Union européenne, malgré la crise qu'elle traverse actuellement, constitue une tentative historique de dépasser pacifiquement les limites des Etats pour construire un ensemble humain fondé sur des valeurs communes et partageant un destin commun.
Dans le passé, la fondation a tenté de faciliter la construction de la société civile à l'échelle régionale, par exemple avec l'appui à des réseaux régionaux ou continentaux d'organisations paysannes, d'ONG mobilisées sur les thèmes de l'alimentation, du développement rural durable. En 2004-2005 encore, elle a facilité l'émergence de démarches régionales, avec la formation de leaders sociaux en Amérique Latine, le développement de l'Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique, l'approche régionale des problèmes de pêche, une réflexion sur les enjeux de l'intégration régionale en Amérique andine pour ne citer que quelques exemples. Elle a aussi diffusé chaque fois qu'elle le pouvait auprès de ses partenaires d'autres continents des informations sur l'histoire de la construction européenne puisque celle-ci fait partout l'objet d'une intense curiosité. Mais nous ne sommes pas allés plus loin, faute de partenaires porteurs d'une ambition, d'une vision et d'une capacité convocatrice.
En octobre 2005, le forum organisé à Nansha, près de Canton, en Chine, sur les relations entre la Chine et l'Europe, forum consacré essentiellement à présenter au public chinois l'histoire et les défis de la construction européenne, inaugure, par l'écho qu'il a rencontré, un nouveau mode d'action : susciter directement le dialogue entre régions du monde et réfléchir aux leçons qu'il est possible de tirer, pour chaque région, de la construction européenne. Quel que soit l'intérêt de cette construction, chaque région a sa propre histoire. L'Europe, une très vieille idée, n'a pris corps qu'au lendemain de la deuxième guerre mondiale et pour éviter qu'une catastrophe de ce genre ne puisse se reproduire. Chaque région devra inventer ses propres raisons et ses propres chemins de construction d'un destin commun. D'autant plus que dans beaucoup de cas l'affiliation d'un pays à une région ou une autre est très incertaine.
C'est dans le cadre de " l'entrée géographique " que sont présentes en Afrique, en Amérique Latine et en Asie du Sud Est, les principales contributions de la fondation à des démarches d'intégration régionale. Néanmoins, dans le cadre de l'entrée thématique trois modes d'action seront expérimentés en 2006-2007.
1- Lancer un appel d'offre auprès de consortiums d'universités de différents continents pour documenter les processus actuels d'intégration régionale et rechercher à partir de quels défis communs chaque processus d'intégration pourrait prendre consistance.
2- Profiter de ce que le forum Chine-Europe de Nansha a permis de produire sur l'histoire de la construction européenne un propos pluraliste et synthétique d'une grande valeur pour mettre en forme et diffuser dans différentes régions du monde les principales leçons de la construction européenne.
3- Promouvoir l'idée d'autres forums entre régions du monde, inspirés du forum de Nansha, en commençant par le dialogue entre la société européenne et d'autres régions du monde.



